Officier Chef de Quart Pont : à la barre de la navigation et de la sécurité en mer

Sur un navire marchand, tout le monde ne fait pas la même chose. Il y a ceux qui font tourner les machines et ceux qui, jour et nuit, veillent à ce que le bateau aille du point A au point B sans en toute sécurité. Ces derniers, ce sont les officiers de pont et si le capitaine porte la responsabilité finale du navire, ce sont eux qui, au quotidien, tiennent la passerelle.

C’est l’un des métiers les plus recherchés et les moins connus du grand public  de la marine marchande sénégalaise. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette profession, de ses missions concrètes jusqu’au parcours pour y accéder.

Officier Chef de Quart pont, qui est-ce vraiment ?

L’officier de pont (ou officier chef de quart passerelle) est le professionnel chargé de la conduite nautique du navire : navigation, sécurité, manœuvres et coordination de l’équipage de pont. Il travaille sous l’autorité directe du capitaine, dans une hiérarchie précise : second capitaine (chief officer), premier lieutenant, second lieutenant, chacun avec des responsabilités croissantes.

Sur le plan international, ce métier est encadré par la Convention STCW (Standards of Training, Certification and Watchkeeping), qui fixe les compétences minimales exigées pour naviguer sur un navire de commerce, quel que soit son pavillon. Concrètement, cela veut dire qu’un officier de pont formé au Sénégal peut, sous certaines conditions, embarquer sur des navires étrangers, c’est un métier qui ouvre les portes du monde entier.

Où se situe l’officier de pont dans la hiérarchie du navire ?

Dans l’organigramme d’un navire de commerce, «officier de pont» est un terme générique : concrètement, à bord, ces fonctions sont assurées par le 1er Lieutenant et le 2ème Lieutenant, tous deux placés sous l’autorité directe du second capitaine (lui-même second du capitaine). Chacun a un domaine de prédilection, bien que les deux partagent la responsabilité générale de la navigation et de la sécurité :

  • Le second capitaine encadre l’ensemble du service pont : cargaison, sécurité générale, application des règles antipollution (MARPOL), gestion administrative à bord. Il agit aussi comme rapporteur du comité de sécurité.
  • Le 1er Lieutenant est avant tout l’officier sécurité : il veille à l’entretien et à la disponibilité de tout le matériel de sécurité (incendie, sauvetage), organise les exercices à bord, encadre la formation continue de l’équipage, et peut remplacer le second capitaine en cas de besoin. Lors des manœuvres, il est posté à la plage arrière du navire.
  • Le 2ème Lieutenant est plutôt l’officier navigation et documentation : il tient à jour les cartes marines et documents nautiques, prépare les plans de voyage, gère les registres de passerelle et assiste le second capitaine dans les opérations commerciales. Lors des manœuvres, il est posté à la plage avant du navire.

Les deux lieutenants encadrent également le maître d’équipage et les matelots de quart, et assurent eux-mêmes des quarts de navigation à tour de rôle.

Ses missions au quotidien

Le travail d’un officier de pont s’articule autour de quatre grandes responsabilités, que l’on retrouve, avec leur détail concret, dans les fiches de poste des compagnies maritimes :

Assurer les quarts de navigation. À bord, la navigation ne s’arrête jamais, de jour comme de nuit. Les officiers se relaient par quarts pour surveiller la route, la météo, le trafic maritime et la position du navire à l’aide des instruments modernes (radar, ECDIS, GPS), tout en se conformant strictement aux consignes permanentes du capitaine.

Veiller à la sécurité du navire et de l’équipage. Le 1er Lieutenant applique le plan d’entretien du matériel de sécurité, vérifie que tous les équipements (anti-incendie, sauvetage) sont opérationnels, effectue des inspections régulières consignées dans un registre, et élabore les scénarios des exercices de sécurité organisés à bord.

Participer aux manœuvres portuaires. Lors des entrées et sorties de port, des accostages ou des mouillages, chaque lieutenant rejoint son poste de manœuvre assigné (avant ou arrière), contrôle la bonne tenue de l’amarrage, et répartit les tâches aux matelots de quart, toujours en exécutant les ordres du capitaine.

Tenir à jour les documents de bord. Le 2ème Lieutenant corrige et met à jour les cartes de navigation, prépare les plans de voyage, vérifie que les check-lists pré-départ et pré-arrivée sont bien renseignées et visées par le capitaine, et tient à jour les registres de passerelle pendant que le 1er Lieutenant tient, de son côté, les inventaires et registres du matériel de sécurité.

Une journée type à bord

Concrètement, une journée d’officier de pont ressemble rarement à un horaire de bureau. Un quart peut commencer à 4 heures du matin ou en pleine nuit ; entre deux quarts, il faut aussi participer aux manœuvres, faire de la maintenance administrative, et parfois gérer un imprévu (avarie, changement météo, escale non planifiée). C’est un métier qui demande de l’endurance, mais qui offre aussi quelque chose de rare : le lever de soleil vu depuis la passerelle d’un navire au large, chaque jour différent du précédent.

Les qualités requises

Ce métier ne s’improvise pas. Au-delà des compétences techniques enseignées en école, certaines qualités personnelles font la différence :

  • Un bon sens de l’observation et de la réactivité face à l’imprévu
  • Une capacité à travailler en équipe dans un espace confiné, parfois pendant plusieurs mois
  • Une bonne résistance physique et psychologique à l’éloignement familial
  • Un sens aigu des responsabilités : une erreur de navigation peut avoir des conséquences graves
  • Une aisance avec l’anglais maritime, langue de travail internationale à bord

Comment devenir officier de pont au Sénégal ?

Au Sénégal, la voie royale pour devenir officier de pont passe par l’École Nationale de Formation Maritime (ENFM), à Dakar, sous tutelle du ministère chargé des Pêches et des Infrastructures maritimes et portuaires. La filière concernée est celle du cycle initial «Pont / Commerce», souvent recrutée sous l’appellation de concours «Officier Chef de Quart Passerelle JB>3000».

Conditions générales d’accès :

  • Être de nationalité sénégalaise
  • Être titulaire d’un baccalauréat scientifique (série S1 ou S2)
  • Avoir entre 16 et 25 ans au 31 décembre de l’année du concours

Déroulement du concours :

  1. Dépôt du dossier de candidature (demande manuscrite, diplôme, extrait de naissance, casier judiciaire, certificat médical, certificat de nationalité, photos d’identité) accompagné des frais d’inscription
  2. Épreuves physiques (course à pied, saut, grimpée à la corde, lancer de poids)
  3. Épreuves écrites : mathématiques, français, anglais
  4. Entretien avec le jury

Une fois admis, l’élève suit un cycle de formation initiale à l’ENFM, alternant enseignement théorique (navigation, sécurité, réglementation maritime, anglais technique) et périodes d’embarquement pratique, avant l’obtention de son premier brevet et son premier embarquement en tant qu’officier.

Bon à savoir : les dates, modalités et frais du concours évoluent chaque année. Une publication sera faite sur toutes nos plateformes pour aviser à temps, restez connecter.

Deux autres voies possibles dans la sous-région

L’ENFM n’est pas la seule porte d’entrée vers ce métier. Deux établissements de la sous-région forment également des officiers de pont et accueillent régulièrement des candidats sénégalais :

L’ISEM de Casablanca (Maroc) — l’Institut Supérieur d’Études Maritimes forme, dans sa filière «Sciences Navales», les futurs Lieutenants au Long Cours (l’équivalent de notre officier de pont). Le cycle normal est accessible directement aux titulaires d’un baccalauréat scientifique plus 2, via un concours (mathématiques, physique, anglais) suivi d’une visite médicale et d’un entretien.

L’ARSTM d’Abidjan (Côte d’Ivoire) — l’Académie Régionale des Sciences et Techniques de la Mer est une institution régionale qui couvre quinze pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, dont le Sénégal. Sa filière «Sciences Nautiques», au sein de l’École Supérieure de Navigation (ESN), forme au diplôme de Capitaine au Long Cours et est accessible aux titulaires d’un baccalauréat scientifique (séries S1 et S2), sous condition d’âge et d’aptitude physique.

Comme pour l’ENFM, les conditions précises (places réservées aux candidats sénégalais, dates de concours, frais) évoluent chaque année : mieux vaut vérifier directement auprès de l’ARSTM et de l’ISEM avant de se lancer.

Perspectives de carrière

La carrière d’un officier de pont suit une progression assez claire : second lieutenant, puis premier lieutenant, puis second capitaine (chief officer), avec, au sommet, l’accès au commandement en tant que capitaine — sous réserve de l’expérience de navigation et des brevets requis à chaque échelon.

C’est aussi un métier qui s’exerce au-delà des frontières : de nombreux officiers formés au Sénégal naviguent aujourd’hui sur des navires de commerce international, dans des compagnies étrangères, ce qui en fait l’un des rares métiers du pays directement connectés à l’économie mondiale dès les premières années de carrière.

Pourquoi ce métier compte pour le Sénégal ?

Le Sénégal, avec ses 700 km de côtes, son port de Dakar et ses ambitions portuaires (Ndayane, cabotage national), a besoin d’officiers de pont qualifiés pour faire tourner sa flotte marchande et sa pêche industrielle. Chaque officier formé localement, c’est un peu moins de dépendance vis-à-vis d’équipages étrangers, et un peu plus de souveraineté maritime pour le pays.

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